La Journée européenne des langues pose la question de l’impact des connaissances linguistiques sur la compétitivité et la cohésion sociale des entreprises.
La Journée européenne des langues a lieu, aujourd’hui, à Paris sous l’égide de la présidence française de l’Union européenne. Ministres et autres personnalités politiques, intellectuels et acteurs du monde des affaires vont successivement prendre la parole au grand amphithéâtre de la Sorbonne à l’occasion des états généraux du multilinguisme. Cette manifestation qui s’intéresse à la circulation des oeuvres en Europe ainsi qu’à la créativité et à l’innovation pour une éducation plurilingue est aussi l’occasion de s’interroger sur l’impact des connaissances linguistiques sur la compétitivité et la cohésion sociale des entreprises.
Les langues - au premier rang desquelles l’anglais - tiennent en effet une place croissante dans le quotidien des salariés français. Plus d’un demi-million les utilisent au travail mais, dans le même temps, nombre d’entre eux en éprouvent une gêne. Or, compétition mondiale oblige, beaucoup sont aussi conscients de la nécessité qu’il y a à savoir convaincre dans une autre langue que la leur pour décrocher de précieuses parts de marché.
« C’est vrai, des gens exercent leur métier dans l’inconfort », reconnaît Etienne Davignon, président du groupe de travail sur le multilinguisme et membre des conseils d’administration des plus grandes entreprises belges. « Prisonniers de leur incapacité à introduire des nuances dans une langue qu’ils maîtrisent mal, ils disent en définitive ce qu’ils peuvent, pas ce qu’ils veulent. »
Et, dans le milieu très compétitif des affaires, ne pas pouvoir correctement s’exprimer avec la forme de confiance et de familiarité sans laquelle il est impossible de convaincre, c’est prendre le risque de perdre des contrats et de jeter les bases d’un désavantage compétitif. C’est aussi mettre à mal la cohésion sociale d’un groupe international peu en mesure de s’adresser à tous ses salariés dans un langage fédérateur.
Bien connaître le pays
« Autant de raisons qui, après dix ans au sein d’un groupe international, m’ont poussé à créer une structure suffisamment souple et motivante pour répondre aux besoins en langues des salariés et des entreprises », justifie Eric Brandt, fondateur de MyCow.eu. Une plate-forme en ligne qui offre une large gamme de ressources, notamment des dictées, des articles ainsi qu’un forum de discussion. « Il y a un peu moins de deux ans, des données compilées par Eurobarometer ont fait ressortir que plus de 85 % des Européens du Nord [Suède, Pays-Bas, Danemark, NDLR] étaient capables de tenir une conversation en anglais ainsi que plus de 55 % des Belges et des Allemands. En revanche, les Français susceptibles d’en faire autant n’étaient que de 36 % et les Italiens à 29 % », détaille Eric Brandt, qui ambitionne d’étendre son activité en Italie et en Espagne.
Or, apprendre une langue étrangère va bien au-delà d’efforts grammaticaux et d’apprentissage d’un vocabulaire professionnel. « Il faut aussi connaître tout ce qu’il y a derrière la langue : les gens, les us et coutumes, les formes de pensée, la littérature, l’histoire », estime Jérôme Bédier, président de la commission Europe au Medef et président de la Fédération des entreprises du commerce et de la distribution. « Connaître trois poèmes allemands ou l’histoire de la Russie peut aussi se révéler d’un grand secours dans la vie des affaires », poursuit-il. Or, il s’avère que 11 % des PME ont déjà perdu un contrat faute de compétences linguistiques nécessaires. Sur trois ans, les pertes se seraient élevées à quelque 325.000 euros par entreprise, d’après une enquête réalisée en 2006 par la Commission européenne.
Maîtriser au moins une langue étrangère est donc une nécessité pour l’encadrement supérieur et intermédiaire ainsi que pour certains postes d’employés. Du coup, de plus en plus, les sociétés cherchent à mieux appréhender les niveaux en langue étrangère de leurs salariés (expression orale comme écrite). « Depuis dix ans, le test TOEIC est bien plus demandé que le TOEFL », remarquait Alain Daumas, patron d’ETS Europe, interrogé par France 2 mercredi matin. Le test TOEIC est vécu comme un test d’employabilité, contrairement au TOEFL, plus académique. Ce sésame est apprécié par les entreprises, qui ont tendance à fixer le score acceptable à un minimum de 800 points sur 990. En deçà, les formations internes doivent être renforcées, que ce soit dans un cadre de formation classique ou de celui du droit individuel à la formation.
Du sur-mesure
« On note une désaffection pour les cours collectifs en salle ; les salariés et les entreprises préférant des programmes sur mesure », relève Guillaume de Menthon chez GoFluent, spécialiste de la formation en anglais par téléphone. Résultat : les plates-formes d’apprentissage en ligne (exercices, blogs, articles de journaux, etc.) combinées à du tutorat téléphonique remportent un grand succès. « Mieux, un coach en ligne se met à la disposition des salariés pour les aider », poursuit-il.
Cours sur mesure, aide personnalisée à la prononciation, plates-formes en ligne, immersion linguistique à l’étranger, tout est fait pour faire progresser les niveaux. En cette année 2008, proclamée année internationale des langues par l’assemblée générale des Nations unies, certains préfèrent militer en faveur d’une langue française offensive, capable de rayonner dans le monde par ses créations, plutôt que se recroqueviller ou se lancer dans des défenses contre-productives. Chercher à maîtriser des langues étrangères pour certains échanges avec le monde n’est en effet pas incompatible avec le désir de garder le goût de la belle langue de Molière.
MURIEL JASOR
Les langues ouvrent la voie de la compétitivité - [ 26/09/08 Les Echos ]






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