Festival de films latino-américains
Mardi 1 avril 2008
Tambogrande, Ernesto Cabellos, Damián et Stéphanie Boyd, documentaire, Pérou.
Imaginez une vallée péruvienne conquise sur le désert, des années de travail d’irrigation et d’enrichissement de la terre pour parvenir à rendre féconde ce qui n’était que sable et caillasse… Dix mille personnes qui vivent enfin de leur labeur, une richesse incroyable, des mangues, des citrons verts, des tomates, des pastèques, des canaux à l’ombre des arbres fruitiers…En face, l’homme de toutes les corruptions, l’homme accusé de massacres et de tortures, l’ex-président Fujimori qui croise une société canadienne de forage et lui offre la prospection sans limite des minéraux sur le territoire. Cette entreprise découvre, des gisements or et d’argent dans cette fameuse vallée du nord-ouest du Pérou et décide son exploitation intensive. Un accord secret entre le gouvernement de l’époque sans consultation de la population, les terres sont offertes aux industriels, un marché de dupes où les fermiers et les habitants seraient amenés à quitter leurs terres et leurs villes, des promesses non tenues du nouveau président, Toledo, des médias qui dénigrent la résistance des paysans… Voici le cadre de ce récit, celui d’un modèle de lutte contre le libéralisme sauvage, une rébellion des temps modernes, qui par son expérience d’abord de la violence (saccage de l’entreprise puis assassinat d’un ingénieur agricole) puis d’une résistance plus pacifique, festive, qui parvient à emporter l’adhésion massive non seulement des Péruviens de cette région mais aussi d’habitants de Lima voire de Canadiens, voilà qui donne ainsi un caractère universel à cette manière de revendiquer ses conditions de vie. Les réalisateurs enquêtent au Canada pour savoir comment les habitants d’une ville réagiraient si une entreprise péruvienne devait les expulser pour y exploiter une mine…Un documentaire d’une grande qualité à voir et revoir et à diffuser dans le monde entier… Les trois jurys du festival ont primé ce film…
Clôture du festival
Plus de quarante films, projetés entre Marseille, Manosque, Saint Bonnet et La Ciotat, des rencontres littéraires, des concerts, un forum d’artistes et d’intellectuels, une soixantaine de bénévoles mobilisés, une découverte très riche pour nous les spectateurs, dix ans d’existence pour ce grand rendez-vous culturel, et tout cela sans aucune aide de la municipalité cette année, aucun suivi de la presse locale en termes d’informations sur la diffusion, les programmes, les horaires, oui, son directeur Hernán Harispe avait le cœur lourd, mais son œil était malicieux et sa voix émue, celui d’un passionné qui sait la réussite de son œuvre. Leonor Harispe nous a fait partager l’espoir, qui dans ces films souffle plus fort encore que notre mistral. Enfin Atahualpa Lichy, l’excellent directeur artistique, savourait le plaisir du public et le choix des jurys. Je ne peux que citer très vite le Colibri d’or, grand prix du festival, à Cordero de dios, le film argentin. Il pensait sans doute à tous ces réalisateurs et comédiens, galériens du septième art, qui sauraient apprécier ces chauds applaudissements depuis ce Marseille-là, dans ce port de l’exil, cette escale des grands sud.
Tiempo de morir, de Jorge Alí Triana, Colombia.
Tiempo de morir, cette phrase a raisonné en moi tout le long de la soirée, je l’avais encore qui bourdonnait dans mon casque, c’est sur l’oreiller qu’elle s’en est allé. Il y des phrases, des formules qui restent, accrochées au cœur, mais celle-là je me la réserve, oh avec patience ! Pour dans longtemps, j’espère. Tiempo, le temps qui a usé cette pellicule, tellement nombreux sont ceux qui ont l’ont vue, tiempo, comme chronique, Chronique d’une mort annoncée, le livre de Gabriel Garcia Marquez, co-scénariste de ce film avec son complice mexicain citée ci-après, tiempo comme le Vieux gringo de Carlos Fuentes. Ici, l’histoire est une spirale lente et angoissante, étrange et amère comme le poison de l’irrémédiable. Une sorte de « Il était une dernière fois », du sud de l’Amérique, sans l’harmonica. Un homme qui vient de purger dix-huit ans de prison pour meurtre, revient dans son village où les deux fils de la victime l’attendent pour le tuer…
Tous les prix décernés et les films que je n’ai pas pu voir sont résumés sur le site de l’Aspas.