Vous êtes ici >> Accueil/Les Dossiers/Traduction/Résultat de l'atelier de traduction français - portugais

Résultat de l'atelier de traduction français - portugais

28/08/2007 - Lu 375 fois
Voici le résultat de l'atelier de traduction de poésie brésilienne animé par Ana Helena Rossi durant le premier semestre 2007.
 
Atelier de TRADUCTION
 
Vous vous intéressez à la TRADUCTION ?
Vous aimez la POESIE ?
Vous vous intéressez au BRESIL ?
 
Alors, venez participer à l’atelier de TRADUCTION de POESIE BRESILIENNE !
 
C’est l’occasion d’ APPRENDRE la langue portugaise (do Brasil !) par l’entrée de la poésie car il s’agit de :
-        LIRE à HAUTE VOIX et ECOUTER la langue des poètes modernes brésiliens du XXe siècle, et donc,
-        Repérer les SONORITES, la MUSICALITE de la langue portugaise (do Brasil !) ;
-        Identifier les STRUCTURES grammaticales de la langue grâce aux substantifs, pronoms, adjectifs, vocabulaire… de la langue portugaise (do Brasil !) ;
-        Se FAMILIARISER avec les CULTURES (do Brasil !) forgées par une histoire et des histoires, traditions et mythes d’origine indiennes, européennes, africaines aujourd’hui BRESILIENNES ;
Et aussi,
-        INVENTER la langue poétique française pour recevoir ce projet de manière cohérente
 
Le poète choisi s’appelle FERREIRA GULLAR, un des grands noms de la poésie moderne brésilienne, né dans l’état du Maranhão (Nordeste brésilien). Il vit actuellement à Rio de Janeiro.
 
Méthodologie : A partir du poème en portugais, la traduction se structure de la manière suivante :
-        1. lecture du texte à haute voix en repérant les accents toniques, les silences, les respirations pour approcher la LANGUE ORALE (do Brasil !) ;
-        2. la recherche lexicale et syntaxique (sous contrôle des personnes bilingues et de ceux qui connaissent le français et le portugais) ;
-        3. la mise en forme en français.
 
 L’atelier est animé par Ana Helena ROSSI, professeur de lettres modernes à Marseille, auteure d’un recueil de poésie édité à Marseille en avril 2006, nous la mémoire, et de pièces de théâtre mises en lecture.
Il est souhaitable, mais non PAS obligatoire que vous parliez le portugais. Si vous parlez l’espagnol-castillan (ou le comprenez), tout comme l’italien, le catalan, le provençal, le roumain, le galicien, le français… vous êtes évidemment des nôtres.
 
Cet atelier aura lieu les mardis de 16h15 à 18h15 ou les vendredis de 12h à 14h, une semaine sur deux à Hispam.
Début de l’atelier : mardi 30 janvier ou vendredi 2 février (sous réserve d’un nombre suffisant d’inscrits)
 
 
Voilà la proposition initiale de l’atelier de traduction : un cours de langue accouplé à la culture brésilienne, et surtout à la traduction poétique.
 
 
1) Qui est Ferreira Gullar ?
 
Allons par étapes, et tout d’abord qui est Ferreira Gullar ? Petit parcours d’initiation…
 
José Ribamar Ferreira Gullar naît à São Luís do Maranhão en 1930. Il écrit de la poésie depuis sa jeunesse. Il déménage à Rio de Janeiro au début des années 1950, et collabore avec la presse locale comme poète et critique d’art. Il publie A Luta Corporal en 1954, livre qui témoigne de son engagement dans le mouvement de la Poésie Concrète. A partir de 1957, il rompt avec ce mouvement et lance le livre Poemas. A partir de 1959, il publie Manifesto Neoconcreto, et dès 1961 il participe au Movimento de Cultura Popular. Il rentre au Parti Communiste en 1964. Parallèlement, il écrit du théâtre. En 1968, il est emprisonné et après une période de clandestinité, il quitte le Brésil pour l’exil politique en 1971. Il poursuit sa collaboration avec la presse sous pseudonyme. En 1975, son livre Dentro da Noite Veloz  est publié, et arrive au Brésil par l’intermédiaire du poète et chanteur Vinicius de Moraes son poème Poema Sujo sous forme d’enregistrement. En 1976, ses amis arrivent à faire publier le poème au Brésil, et l’auteur revient de son exil politique. Il publie en 1980, Na Vertigem do Dia et Toda poesia. Son poème Poema Sujo est adapté au théâtre. En 1992, il est nommé directeur de l’Institut Brésilien des Arts et de la Culture. En 2002, son nom est indiqué pour le prix Nobel de Littérature. Il reçoit de nombreux prix, le prix Molière (1985) pour la traduction de « Cyrano de Bergerac », les prix Jabuti de poésie brésilienne et Alphonsus de Guimarães, de la Bibliothèque Nationale (1999), les prix de la Fundação Nacional do Livro Infantil e Juvenil, et de l’International Board on Books for Young People (2003), les prix de la Fondation Conrad Wessel de Sciences et Culture (catégorie littérature), le prix Machado de Assis pour l’ensemble de son ?uvre (2005).
Source : portalliteral.terra.com.br/ferreira_gullar/ (site offciel du poète)
 
 
 
2) Pourquoi Ferreira Gullar ?
 
Le choix porté sur Ferreira Gullar s’explique par sa place dans la poésie brésilienne (eh oui ! Au Brésil, on ne fait pas que danser ! non ! non) Il s’agit d’un poète contemporain, donc, c'est de la poésie d’aujourd’hui même si cet « aujourd’hui » me paraît toujours difficile à qualifier. Ensuite, il s’agit d’un poète dont la vie est liée aux cinquante dernières années de l’histoire politique brésilienne, pan de l’histoire à laquelle ma propre biographie est également liée. Donc, une reconnaissance, une proximité, voire une familiarité par rapport aux thèmes développés dans sa poésie. Du point de vue poétique, Ferreira Gullar EXPERIMENTE (en lettres majuscules) magnifiquemnet les multiples langues brésiliennes au Brésil, les multiples portugais dans le portugais, et a construit son parcours à partir d’un ensemble d’expériences d’écriture. En cela aussi je me reconnais dans Ferreira Gullar, à savoir sa démarche d’EXPERIMENTATION en rapport avec la langue poétique.
 
3) Corpus de textes
 
Concrètement, le choix s’est porté sur l’ouvrage suivant : Ferreira Gullar, Melhores poemas, seleção Alfredo Bosi[1], Global Editora, 1983. Ce livre est une sélection des poèmes de Ferreira Gullar, et de ses expérimentations poétiques. Ainsi, dix-sept poèmes du recueil qui illustrent ses différentes phases poétiques :
1)     A luta corporal (1950/1953) : « Nada vos oferto », « Os jogadores de dama », « O abismo da verdura » ;
2)     O VIL METAL (1954/1960) : « Ocorrência », « O escravo »
3)     poemas concretos/neoconcretos (1957-1958) : « Mar azul », « A bomba suja », « Não há vagas », « No mundo há muitas armadilhas », « O açúcar », « Maio 1964 », « Notícia da morte de Alberto da Silva », « No corpo »
4)     POEMA SUJO (1975): « Quantas tardes numa tarde »
5)     na vertigem do dia (1975/1980) : « Morte de Clarice Lispector », « Traduzir-se », « Arte poética ».
 
Nous avons travaillé les quatorze premiers poèmes, pas forcément dans l’ordre, ni dans leur totalité. La dynamique de traduction s’est attachée à observer la langue-source, le portugais, le brésilien, dans sa prosodie et dans son lexique. Plus tard, s'est posée la question de la prosodie en langue française. Introduire cette étape dans le travail de traduction sera l’objet du prochain atelier de traduction poétique.
 
 
4) Les poèmes traduits : quelques mots
 
Au départ, le souhait de présenter l’ensemble de la démarche de traduction menée dans l’atelier de traduction poétique, ce qui signifiait présenter les différentes versions des textes. Ce choix n’a pas été retenu, les participants ayant préféré montrer leur dernière mouture. C’est donc l’ensemble des textes présentés ci-dessous. De même, les traductions sont signées, et la comparaison permettra de faire ressortir les « choix de traduction », n’oubliant pas que ces choix ont été soumis à un questionnement au cours de l’atelier. Ces multiples « choix » permettent d'approcher le « projet de traduction ».
 
 
5) Traduction et écriture poétique
 
Cet atelier, j’avais envie de le mettre en pratique depuis un certain nombre de mois. Et le concours de circonstance a joué… comme bien souvent. Par l’intermédiaire d’une amie, j’ai connu Hélène Paz, et ensuite Maristella Vasserot, la présidente de Hispam, à qui j’ai fait ma proposition d’animer un atelier de traduction poétique, ce qui a été accepté avec enthousiasme.
Mon merci, donc, très chaleureux à Maristella et à Hispam.
 
Cet atelier, je l’ai conçu et proposé comme une continuité en relation avec mon travail de poétesse, qui place la traduction à l’épicentre de l’activité d’écriture, et permet de passer d’une langue à une autre, de conjuguer des univers culturels, linguistiques en relation intime les uns avec les autres. Dans ce sens, mon travail de traductrice s’inscrit dans une continuité avec mon travail de poétesse. Traduire de la poésie et écrire de la poésie constituent des activités relativement proches. Mon objectif est d'approfondir et de dégager ces liens. 
Mon écriture poétique se pose au-delà des frontières, et de nationalités, puisque le pays de la poésie est de l’ordre du langage que je créé au fur et à mesure de mes poèmes, pour souligner, comme le clâme Henri Meschonnic dans son recueil Nous le passagele silence dans la mémoire, ou la mémoire dans le silence. Ainsi, le travail d’écriture passe par la lecture de la poésie des aînés, pour saisir la forme imprimée sur la page, et le sens/la forme de leur poésie ; tout cela me nourrit.
 
En quoi « traduire » m’aide à « écrire » ? « Traduire » implique lire puisque quad on traduit, on lit, de manière à appréhender les strates de la langue. On écrit parce qu’on lit, ou lit-on parce qu'on écrit? Je ne saurai dire ce qui vient en premier. Ecrire signifie lire, et lire passe par traduire pour appréhender le langage poétique dans ses profondeurs et son intimité. D’où l’importance de lire, en langue originale ainsi que les traductions dans les langues que je maîtrise correctement, et même celles que je maîtrise un peu moins.
Au fur et à mesure du cisaillement de ma langue poétique, se pose donc avec force la traduction déclinée comme une lecture privilégiée de la poésie. La lecture-traduction ou la traduction-lecture s’opère à plusieurs niveaux : et dans la langue-source, et dans la langue-cible. Mon choix est de me trouver sur les deux en même temps, et de bannir ces frontières.
 
La lecture était donc un des enjeux de l’atelier. 
La dynamique s’impose peu à peu, et l’adhésion profonde vient avec le temps. Peu à peu se dessine un « axe de traduction » » chez chacun des participants. Ces axes apparaissent au cours des questionnements sur les « choix du traducteur ». De même, la confrontation des différentes « trouvailles » sont fondamentales pour faire ressortir ces projets de traduction. Un des enjeux de l’atelier : saisir les « choix montrer les projets de traduction en oeuvre, la saisir le « choix » de traduction à l’?uvre.
Et sur ce particulier, il est fondamental d’expliciter le projet de traduction, comme le soulignait Antoine Berman dans L’Epreuve de l’Etranger, (Gallimard) car c’est dans l’explicitation des choix de traduction sur des exemples précis que l’on fait émerger des « façons de faire », procédure personnelle d’une grande régularité, et surtout ébauche du projet de traduction.
 
La deuxième étape passe par la définition du sens de ces « choix » pris non plus de manière isolée, mais restitué dans un référent/paradigme, en somme, le projet de traduction.
 
La troisième étape est de comprendre ses « choix de traduction », labeur basé sur la confrontation des savoir/connaissances/pratiques autour de la traduction. De cette étape émergera un « projet de traduction » cohérent.
 
Car on traduit aussi (et surtout) avec son passé, ses tripes, sa biographie, ses envies, ses douleurs, et pour cela aussi traduire signifie l'acte d'écriture. Voilà pourquoi, expliciter ces infimres « choix de traduction » était mon v?u le plus cher, atteint au-delà de mes espoirs, et en très peu de temps.
 
Je reste persuadée que les deux participants, André et Françoise étaient, tous deux, murs pour cette démarche. Là-dessus, on improvise rarement. Leurs contributions, et surtout la régularité de leurs « choix » m'ont montré que la démarche était correcte. Dans ce sens, l'atelier est aussi un moment pour expliciter ce qu'on est, et ce pourquoi on parle à la langue pour se parler à soi.
 
Merci à eux.
 
 
Ana Helena Rossi
Avignon, août 2007
 


 
 
 
 
Dans la logique de l’atelier de traduction poétique, nous présenterons les poèmes dans l’ordre de leur élaboration. Ainsi, nous présenterons tout d’abord le texte original du poète Ferreira Gullar, suivi des versions définitives de André, Françoise, ainsi que de moi-même.


 
 
Poème n°1 :
A luta corporal
Ferreira Gullar
 
Nada vos oferto
além destas mortes
de que me alimento
 
Caminhos não há
Mas os pés na grama
os inventarão
 
Aqui se inicia
uma viagem clara
para a encantação
 
Fonte, flor em fogo,
que é que nos espera
por detrás da noite ?
 
Nada vos sovino:
com a minha incerteza
vos ilumino
 
Calco sob os pés sórdidos o mito
que os céus segura – e sobre um caos me assento.
Piso a manhã caída no cimento
como flor violentada. Anjo maldito,
 
(pretendi devassar o nascimento
da terrível magia) – agora hesito,
e queimo - e tudo é desmoronamento
do mistério que sofro e necessito.
 
Hesito, é certo, mas aguardo o assombro
com que verei descer de céus remotos
o raio que me fenderá no ombro.
 
Vinda a paz, rosa-após dos terremotos,
eu mesmo juntarei a estrela ou a pedra
que de mim reste sob os meus escombros.
 
Neste leito de ausência em que me esqueço
desperta o longo rio solitário:
se ele cresce em mim, se dele cresço,
mal sabe o coração desnecessário.
 
O rio corre e vai sem ter começo
nem foz, e o curso, que é constante, é vário.
Vai nas águas levando, involuntário,
luas onde me acordo e me adormeço.
 
Sobre o leito de sal, sou luz e gesso :
duplo espelho – o precário no precário.
Flore um lado de mim? No outro, ao contrário,
de silêncio em silêncio me apodreço.
 
Entre o que é rosa e lodo necessário,
passa um rio sem foz e sem começo.
 
 
 


 
 
Je ne vous offre rien
Traduit par Ana Helena Rossi
 
Je ne vous offre rien
au-delà de ces morts
qui me nourrissent
 
Pas de chemin,
Mais les pieds sur l’herbe
les inventeront
 
Ici commence
un voyage clair
vers l’enchantement
 
Source, fleur en feu,
qu’est-ce qui nous guette
au-delà de la nuit ?
 
Je ne vous soustrait rien :
vec mon incertitude
je vous illumine
 
Je calque sous les pieds sordides le mythe
que soutiennent les cieux – et sur un chaos je m’assois.
Je foule la matinée tombée dans le ciment
telle une fleur violentée. Ange maudit,
 
 
(j’ai voulu dévoiler la naissance
de la terrible magie) – maintenant, j’hésite
et brûle – et tout est effondrement
du mystère dont je souffre et ai besoin
 
J’hésite, il est vrai, mais j’attends l’épouvante
avec laquelle je verrai descendre de cieux lointains
la foudre qui me fendra à l’épaule.
 
La paix venue, rose- suite aux tremblements de terre,
moi-même, j’assemblerai l’étoile ou la pierre
qui, de moi, demeure sous mes décombres.
 
Dans ce lit d’absence où je m’oublie
s’éveille le long fleuve solitaire :
s’il grandit en moi, si je pousse en lui,
à peine le c?ur inutile le sait.
 
Le fleuve court et va sans début
ni embouchure, et le cours qui est constant, est multiple.
Il va emporte dans les eaux
des lunes où je m’éveille et m’endors.
 
Sur le lit de sel, je suis lumière et plâtre :
double miroir - le précaire dans le précaire.
Un côté de moi fleurit ? Dans l’autre, au contraire,
de silence en silence, je pourris.
 
Parmi ce qui est rose et vase nécessaire,
passe un fleuve sans embouchure, ni début.
 
 
 
 
La lutte corporelle
Traduit par André Navari
 
 
Je ne vous offre en rien
au delà de ces morts
dont je me nourris
 
Il n’y a pas de chemins,
mais les pieds dans l’herbe
les inventeront.
 
Ici commence
un voyage clair pour l’enchantement.
 
Source, fleur en feu,
Qu’est-ce qui nous attend
Derrière la nuit ?
 
Je ne vous blesse en rien,
avec mon incertitude
je vous illumine
 
Je foule sous les pieds sordides le mythe
qui soutient les cieux – et sur un chaos je m’assois
Je marche sur une matinée tombée dans le ciment
comme une fleur violentée. Ange maudit,
 
(j’ai voulu pénétrer la naissance
de la magie terrible) – maintenant j’hésite,
et je brûle – et tout est effondrement
du mystère dont je souffre et j’ai besoin.
 
J’hésite, il est vrai, mais j’attends l’épouvante
avec laquelle je verrai descendre de cieux lointains
la foudre qui s’abattra sur mon épaule.
 
Venue la paix, rose d’après les tremblements de terre,
moi, je réunirai l’étoile ou la pierre
qui gît sous mes décombres.
 
Dans ce lit d’absence d’où je m’oublie
s’éveille le long fleuve solitaire :
s’il grandit en moi, si je nais de lui,
le c?ur inutile ne le sait même pas.
 
Le fleuve coule et va sans début
Ni embouchure, et son cours, est constant, multiple.
Involontaire, il s’en va, emporte dans ses eaux,
des lunes où je m’éveille et je m’endors.
 
Sur le lit de sel, je suis lumière et gypse :
double miroir – le précaire dans le précaire.
Que fleurisse un de mes flancs ? Dans l’autre, au contraire,
de silence en silence je pourris.
 
Parmi ce qui est rose et limon nécessaire,
passe un fleuve sans embouchure et sans commencement.
 
 


 
Poème n°2
 
Os jogadores de dama
Ferreira Gullar
 
Se te voltas, a verdura esplende O rosto dos homens se
perdeu no chão das ruas Dura, nas folhas, o sol sem
tempo
 
Voa com o pássaro a solidão do seu corpo Somos arames
estendidos no ar de um pátio que ninguém visita Vamos,
o que sempre há, e não cessa, é o tempo soprando no
tempo A orelha dobrada sobre o som do mundo
 
ninguém sabe em que território de fogo e sob que nuvens
os homens arquejam e pendem entre os clarões da poeira
um rosto dourado e cego
 
nem em que tarde das tardes as derradeiras aves des-
ceram para a terra
e um vento desfez seu corpo !
 
 



 
 
Les joueurs de dame
Traduit par Ana Helena Rossi
 
Si tu reviens, la verdure resplendit Le visage des hommes
se perdit sur le sol des rues Dure, sur le feuillage, le soleil sans
temps
 
Avec l’oiseau s’envole la solitude de son corps Nous sommes des fils
tendus dans l’air d’une cour que personne visite Partons,
ce qu’il y a toujours, et ne finit, c’est le temps à souffler dans
le temps L’oreille repliée sur la rumeur du monde
 
nul ne sait dans quels territoires de feu et sous quels nuages
les hommes se voûtent et pendent parmi des éclairs de poussière
un visage doré et aveugle
 
ni en quel soir des soirs les ultimes oiseaux des-
cendirent sur terre
et un vent défit son corps.
 
 
 
 
 
 
Les Joueurs de dames
Traduit par André Navari
 
Si tu te retournes, la verdure resplendit Le visage des hommes
s’est perdu dans le sol des rues Il demeure dans les feuilles, le soleil intemporel
 
Un oiseau s’envole avec la solitude de son corps Nous sommes des fils
tendus dans l’air d’une cour que personne ne visite Partons,
ce qu’il y a toujours, et ne finit, c’est le souffle du temps
dans le temps L’oreille pliée sur le bruit du monde
 
nul ne sait en quel territoire de feu et sous quels nuages
les hommes essoufflés et penchent parmi les lueurs de poussière
un visage doré et aveugle
 
ni en quel soir des soirs les derniers oiseaux
descendirent sur la terre
et un vent défit son corps !
 
 
 
 
Les joueurs de dame
Traduit par Françoise Lima
 
Si tu te tournes, la verdure resplendit Le visage des hommes s’
est perdu dans le sol des rues Dans les feuilles, dure, le soleil
infini
 
Avec l’oiseau s’envole la solitude de son corps Nous sommes des fils
tendus en l’air d’une cour que nul ne regarde Allons,
ce qui est toujours là, et ne cesse, c’est le temps qui souffle dans
le temps L’oreille repliée sur le bruit du monde
 
nul ne sait en quels territoires de feu et sous quels nuages
les hommes essoufflés inclinent entre lueurs de poussière
un visage doré et aveugle
 
ni en quel soir des soirées les oiseaux retardataires des-
cendirent vers la terre
et un vent défit son corps !
 


 
Poème n°3
O abismo da verdura
Ferreira Gullar
 
Já na grama atual, é verde a luz destes cabelos, o brilho
das unhas ; vegetal, o pequeno sol do sorriso. Nada reterá
a figura do corpo, que só a palavra, o seu secreto clarão,
ilumina; ou a alegria do exercício.
 
Movo-me, aqui; mas, largado, resseco num deserto que
a pura luz dos barulhos edifica ; onde o azul é faminto,
céu contumaz, descido nos meus pés como um corvo.
 
Aqui sentou-se o som, o opaco, som ; aqui ? lugar de
vento ! ; e a luz sentada, a luz ! tempo mais ar mais ar e ar e
ar ; aqui, tempo sentado ; não sopra, não, me escondo,
a cor me gasta.
 
Varre, varre, não disseste, varre, e dentro dos olhos,
onde a morte se inveja; e o medo menor que fende a
nuca – vacilas, cravejado, sobre instantâneo chão
feérico; varre, mas a nossa pele já se estende, velha,
entre um campo áspero de esferas.
 
Fora, é o jardim, o sol – o nosso reino.
Sob a fresca linguagem, porém,
dentro de suas folhas mais fechadas,
a cabeça, os chavelhos reais de lúcifer,
esse diurno.
 
Assim é o trabalho. Onde a luz da palavra
torna à sua fonte,
detrás, detrás do amor,
ergue-se para o morte, o rosto.
 
O mito nos apura
em seus cristais.
 
 
Os ventos que enterramos
não nos deixam.
Estão nos castigando
com seu escuro fogo.
 
A altura em que queimamos
o sono
estabelece o nosso inferno
e as nossas armas.
 
Chão verbal,
campos de sóis pulverizados.
As asas da vida aqui se desfazem
e mais puras regressam.
 
O mar lapida os trabalhos
de sua solidão.
 
A palavra erguida
vigia
acima das fomes
o terreno ganho.
 
Sobre a poeira dos abraços
construo meu rosto
 
Entre a mão e o que ela fere
o pueril sopra seu fogo
 
Oficina impiedosa !
Minha alquimia
é real
 
 
 
 
 
 
L’Abîme de la verdure
Traduit par Ana Helena Rossi
 
Déjà dans l’herbe actuelle, est verte la lumière de ces cheveux, la brillance
des ongles ; végétal, le petit soleil du sourire. Rien ne retiendra
la figure du corps, que seul le mot, sa secrète clarté,
illumine ; ou la joie de l’exercice.
 
Je me déplace, ici ; mais, délaissé, je dessèche dans un désert que
la pure lumière des bruits édifie; où l’azur est afamé,
ciel contumace, descendu à mes pieds comme un corbeau.
 
Ici s’assit le son, l’opaque, son ; ici ? siège du
vent ! ; et la lumière assise, la lumière ! temps plus air plus air, et air et
air ; ici, temps assis ; ne souffle pas, non, je me cache,
la couleur me dépense.
 
Balaie, balaie, n'as-tu pas dit, balaie, et dans les yeux,
où la mort se jalouse ; et la peur moindre qui fend la
nuque – tu vacilles, cloué, sur l’instantané sol
féerique ; balaie, mais notre peau déjà se tend, vieille,
dans un âpre champ de sphères.
 
Au-dehors, c’est le jardin, le soleil – notre royaume.
Sous le frais langage, cependant,
dans ses feuilles les plus refermées,
la tête, les cornes royales de lucifer,
ce diurne.
 
Ainsi est le travail. Où la lumière de la parole
revient à sa source,
derrière, derrière l’amour
se dresse vers la mort, le visage.
 
      Le mythe nous épure
dans ses cristaux.
 
      Les vents que nous enterrons
ne nous quittent.
Ils nous châtient
avec leur sombre feu.
 
      La hauteur d’où nous brûlons
le sommeil
établit notre enfer
et nos armes.
 
      Parterre verbal,
champs de soleils pulvérisés.
Les ailes de la vie ici se défont,
et plus pures reviennent.
 
La mer lapide les travaux
de sa solitude.
 
La parole dressée
guette
au-dessus des faims
le terrain gagné.
 
Sur la poussière des étreintes
je construis mon visage
 
Entre la main et ce qu’elle blesse
le puéril souffle son feu
 
                 Impitoyable machinerie !
Mon alchimie
est réelle
 
 


 
L’Abîme de Verdure
Traduit par André Navari
 
Maintenant dans l’herbe présente, elle est verte la lumière des cheveux, l’éclat
des ongles ; végétal, le petit soleil du sourire. Rien ne retiendra
la figure du corps, que seule la parole, sa lueur secrète,
illumine ; ou la joie de l’exercice.
 
Je me déplace, ici; mais, perdu, desséché dans un désert que
la lumière pure des bruits édifie; où l’azur est affamé,
ciel obstiné, descendu à mes pieds comme un corbeau.
 
Ici il s’assoit le son, l’opaque, son ; ici ? lieu de
vent ! et la lumière assise, la lumière ! temps plus air plus air et air et
air ; ici , temps assis, il ne souffle pas, non, je me cache,
la couleur me lasse.
 
Balaie, balaie, tu n’as pas dis, balaie et dans les yeux,
où la mort s’envie; et la moindre peur qui fend
la nuque – tu hésites, planté, sur un sol instantané
féerique ; balaie, mais notre peau déjà se tend, vieille,
dans un champ rugueux de sphères
 
Dehors c’est le jardin, le soleil – notre royaume.
Sous le langage frais, mais,
dans ses feuilles plus fermées,
la tête, les cornes réelles de lucifer,
ce diurne.
 
Ainsi est l’ouvrage. Où la lumière du mot
retourne à sa source,
derrière, derrière l’amour,
se lève pour la mort, le visage
 
Le mythe nous épure
dans ses cristaux.
 
Les vents que nous enterrons
ne nous laissent pas.
Ils sont nous châtiant
avec leur feu obscur.
 
A l’intensité dans laquelle nous avons brûlé
le sommeil installe notre enfer
et nos armes.
 
Sol verbal,
Champs de soleils pulvérisés.
Les ailes de la vie ici se délitent
Et plus pures reviennent.
 
La mer lapide les oeuvres
De sa solitude.
 
La parole dressée
veille
au dessus des faims
le terrain gagné.
 
Sur la poussière des étreintes
je construis mon visage
 
Entre la main et ce qu’elle blesse
le puéril souffle son feu
 
Laboratoire impitoyable
mon alchimie est réelle.
 
 
 


 
L’abîme de la verdure
Traduit par Françoise Lima
 
 
Tantôt dans l’herbe présente, verte est la lumière de ces cheveux, le brillant
Des ongles ; végétal, le petit soleil du sourire. Rien ne retiendra
La figure du corps, que le seul mot, sa secrète lueur,
Illumine ; ou la joie de l’exercice.
 
Je remue, ici ; mais, abandonné, je me dessèche en un désert que
La pure lumière des vacarmes édifie ; où le bleu est avide,
Ciel têtu, tel un corbeau descendu à mes pieds.
 
Ici, le bruit, l’opaque, le bruit s’est assis. lieu du
vent! et assise la lumière, la lumière ! temps plus air et plus air et
air encore ; ici, temps assis ; il ne souffle pas, non, je me cache,
la couleur me lasse
 
Balaie, balaie, n’as-tu pas dit, balaie, au fond des yeux,
où la mort se jalouse ; et la moindre crainte qui tranche
la nuque. Tu vacilles, cloué, sur le sol soudain
 féerique ; balaie, balaie, mais notre peau ,vieille, déjà se relâche
entre un âpre champ de sphères.
 
Dehors, il y a le jardin, le soleil – notre royaume.
Sous la fraîcheur du langage, cependant,
Au sein de ses feuilles les plus closes,
La tête, les vraies cornes de Lucifer,
ce diurnal
 
Le travail est ainsi. Où la lumière du mot
Revient à sa source,
Derrière, derrière l’amour
se dresse vers la( le ?) mort, le visage.
 
 
Le mythe nous purifie
en ses cristaux
 
Les vents que nous enterrons
ne nous quittent pas.
Ils nous punissent
de son feu obscur.
 
L’époque où nous brûlons
le bruit
fabrique notre enfer
et nos armes.
 
Sol des mots,
Champ de soleils poudreux,
Ici se défont les ailes de la vie
et reviennent plus pures.
 
La mer lapide les travaux
de sa solitude
 
La parole dressée
Veille
au-dessus des famines
le terrain gagne.
 
Sur la poussière des embrassades
je bâtis mon visage
 
Entre la main et ce qu’elle blesse
le puéril souffle son feu
 
entreprise sans pitié !
mon alchimie
est reine
 


 
Poème n°4
Ocorrência
Ferreira Gullar
 
Aí o homem sério entrou e disse : bom dia
Aí o outro homem sério respondeu : bom dia
Aí a mulher séria respondeu : bom dia
Aí a menininha no chão respondeu: bom dia
Aí todos riram de uma vez
Menos as duas cadeiras, a mesa, o jarro, as flores, as paredes, o relógio, a lâmpada, o retrato, os livros, o mata-borrão, os sapatos, as gravatas, as camisas, os lenços
 
 


 
Occurrence
Traduit par Ana Helena Rossi
 
Alors l’homme sérieux entra et dit : bonjour
Alors l’autre homme sérieux répondit : bonjour
Alors la femme sérieuse répondit : bonjour
Alors la fillette à terre répondit : bonjour
Alors tous rirent en une fois
Moins les deux chaises, la table, la jarre, les fleurs, les murs, la montre, la lampe, le portrait, les livres, le buvard, les chaussures, les cravates, les chemises, les mouchoirs
 
 
 
Occurrence
Traduit par André Navari
 
Alors un homme sérieux entra et dit : bonjour
Alors l’autre homme sérieux répondit : bonjour
Alors la femme sérieuse répondit : bonjour
Alors la fillette sur le sol répondit : bonjour
Alors ils rirent tous ensemble
Sauf les deux chaises, la table, le pot, les fleurs, les murs, l’horloge,
la lampe, le portrait, les livres, le buvard, les chaussures, les cravates, les chemises, les mouchoirs.


 
Poème n°5
O escravo
Ferreira Gullar
 
Detrás da flor me subjugam,
atam-me os pés e as mãos.
E um pássaro vem cantar
para que eu me negue.
 
Mas eu sei que a única haste do tempo
é o sulco do riso da terra
- a boca espedaçada que continua falando.
 
 


 
 
L’Esclave
Traduit par Ana Helena Rossi
 
 
Derrière la fleur ils me subjuguent,
m’attachent les pieds et la mains.
Et un oiseau vient chanter
pour que je me nie.
 
Mais je sais que l’unique hampe du temps
est le sillon du rire de la terre
- la bouche dépecée qui continue à parler.
 
 
 
L’Esclave
Traduit par André Navari
 
Derrière la fleur ils me dominent,
m’attachent les pieds et les mains.
Et un oiseau vient chanter
pour que je me nie.
 
Mais je sais que l’unique hampe du temps
c’est le sillon du rire dans la terre
- la bouche morcelée qui continue à parler.
 


 
Poème n°6
Mar azul
Ferreira Gullar
 
mar azul
mar azul marco azul
mar azul marco azul      barco azul
mar azul marco azul      barco azul       arco azul
mar azul marco azul      barco azul       arco azul         ar azul
 
 
 


 
 
Mer bleue
Traduit par Ana Helena Rossi
 
mer bleue
mer bleue             marque bleue
mer bleue marque bleue             barque bleue
mer bleue marque bleue             barque bleue               arc bleu
mer bleue marque bleue             barque bleue               arc bleu           air bleu
 
 
 
 
 
 
Mer bleue
Traduit par André Navari
 
Mer bleue
Mer bleue            marque bleue
Mer bleue            marque bleue             barque bleue
Mer bleue            marque bleue             barque bleue               arc bleu
Mer bleue            marque bleue             barque bleue               arc bleu           air bleu
 
 


 
Poème n°7
A bomba suja
Ferreira Gullar
 
Introduzo na poesia
a palavra diarréia.
Não pela palavra fria
mas pelo que ela semeia.
 
Quem fala em flor não diz tudo.
Quem me fala em dor diz demais.
O poeta se torna mudo
sem as palavras reais.
 
No dicionário a palavra
é mera idéia abstrata.
Mais que palavra, diarréia
é arma que fere e mata.
 
Que mata mais do que faca,
mais que bala de fuzil,
homem, mulher e criança
no interior do Brasil.
 
Por exemplo, a diarréia,
no Rio Grande do Norte,
de cem crianças que nascem,
setenta e seis leva à morte.
 
É como uma bomba D
que explode dentro do homem
quando se dispara, lenta,
a espoleta da fome.
 
É como uma bomba-relógio
( o relógio é o coração)
que enquanto o homem trabalha
vai preparando a explosão.
 
Bomba colocada nele
muito antes dele nascer ;
que quando a vida desperta
nele, começa a bater.
 
Bomba colocada nele
pelos séculos de fome
e que explode em diarréia
no corpo de quem não come.
 
Não é uma bomba limpa :
é uma bomba suja e mansa
que elimina sem barulho
vários milhões de crianças.
 
Sobretudo no Nordeste
mas não apenas ali,
que a fome do Piauí
se espalha do leste a oeste.
 
Cabe agora perguntar
quem é que faz essa fome,
quem foi que ligou a bomba
ao coração desse homem.
 
Quem é que rouba a esse homem
o cereal que ele planta,
quem como o arroz que ele colhe
se ele o colhe e não janta.
 
Quem faz café virar dólar
e faz arroz virar fome
é o mesmo que põe a bomba
suja no corpo do homem.
 
Mas precisamos agora
desarmar com nossas mãos
a espoleta da fome
que mata nossos irmãos.
 
Mas precisamos agora
deter o sabotador
que instala a bomba da fome
dentro do trabalhador.
 
E sobretudo é preciso
trabalhar com segurança
pra dentro de cada homem
trocar a arma da fome
pela arma da esperança.
 
 
 


 
 
La Bombe Sale
Traduit par Ana Helena Rossi
 
J’introduis dans la poésie
la parole diarrhée.
Non par la parole froide
Mais pour ce qu’elle sème.
 
Qui parle de fleur ne dit pas tout.
Qui me parle de douleur en dit trop.
Le poète devient muet
sans les paroles réelles.
 
Dans le dictionnaire le mot
est simples idée abstraite.
Plus que mot, diarrhée
est arme qui blesse et tue.
 
Qui tue plus que couteau,
plus que balle de fusil ;
homme, femme et enfant
au fin fond du Brésil.
 
Par exemple, la diarrhée
dans le Rio Grande du Nord,
de cent enfants qui naissent,
en mène soixante-seize à la mort.
 
C’est comme une bombe D
qui explose dans l’homme
quand elle détone, lente,
l’étoupille de la faim.
 
C’est une bombe-horloge
(l’horloge est le c?ur)
qui pendant que l’homme travaille
prépare l’explosion.
 
Bombe placée en lui
longtemps avant de naître ;
qui quand la vie se réveille
commence à battre en lui.
 
Bombe placée en lui
par les siècles de faim
et qui explose en diarrhée
dans le corps de celui qui ne mange pas.
 
Ce n’est pas une bombe propre :
c’est une bombe sale et sournoise
qui élimine sans bruit
plusieurs millions d’enfants.
 
Surtout au Nordeste
Mais pas seulement là,
que la faim du Piauí
se répand d’est en ouest.
 
Il s’agit maintenant de demander
qui fait cette faim,
qui a allumé la bombe
dans le c?ur de cet homme.
 
Qui est qui vole à cet homme
la céréale qu’il plante,
qui mange le riz qu’il cueille
s’il le cueille et ne dîne pas.
 
Qui fait le café devenir dollar
et fait le riz devenir faim
est le même qui met la bombe
sale dans le corps de l’homme.
 
Mais nous devons maintenant
désarmer avec nos mains
l’étoupille de la faim
qui tue nos frères.
 
Mais nous devons maintenant
détenir le saboteur
qui installe la bombe de la faim
dans le travailleur.
 
Et surtout il faut
travailler avec assurance
pour dans chaque homme
changer l’arme de la faim
pour l’arme de l’espérance.
 


La bombe sale
Traduit par André Navari
 
J’introduis dans la poésie
La parole diarhée.
Non pourla parole froide
mais pour ce qu’elle sème.
 
Qui parle en fleur ne dit pas tout.
Qui me parle en douleur dit trop.
Le poète devient muet
sans les paroles réelles.
 
Dans le dictionnaire la parole
Est simple idée abstraite.
Plus que parole, diarhée
Est-ce qui blesse et tue.
 
Qui tue plus qu’un couteau
Plus que balle de fusil
Homme, femme et enfant
A l’intérieur du Brésil
 
Par exemple, la diarhée,
au Rio Grande do Norte,
de cent enfants qui naissent,
soixante seize en mène à la mort.
 
C’est comme une bombe D
qui explose à l’intérieur de l’homme
quand se déclenche, lente,
l’amorce de la faim
 
 
 
 
 
La bombe sale
Traduit par Françoise Lima
 
J’introduis dans la poésie
le mot diarrhée.
Non pour le mot froid
mais pour ce qu’il sème.
 
Celui qui parle de fleur ne dit pas tout.
Celui qui me parle de douleur en dit trop.
Le poète devient muet
sans les mots réels.
 
Dans le dictionnaire le mot
est simple idée abstraite.
Plus que mot, diarrhée
Est une arme qui blesse et tue
 
Qui tue plus que couteau,
Plus que balle de fusil,
homme , femme et enfant
dans l’intérieur du Brésil.
 
Par exemple, la diarrhée,
dans le Rio Grande do Norte,
sur cent enfants qui naissent ,
soixante seize en mène à la mort .
 
C’est une bombe D
qui explose au dedans de l’homme
quand s’allume , lente, l’étoupille de la faim.
 
C’est une bombe à horloge
(l’horloge c’est le c?ur)
qui tandis que l’homme travaille
prépare l’explosion.
 
Une bombe placée en lui
bien avant de naître ;
et quand la vie s’éveille
en lui, commence à battre.
 
Une bombe placée en lui
par des siècles de faim
et qui explose en diarrhée
dans le corps de qui ne mange pas.
 
Ce n’est pas une bombe propre :
c’est une bombe sale et tranquille
qui élimine sans bruit
plusieurs millions d’enfants.
 
C’est dans le Nordeste surtout
mais pas seulement,
que la faim du Piaui
s’étend d’est en ouest.
 
Il s’agit maintenant de demander
qui est celui qui fait cette faim
qui a attaché la bombe
au coeur de cet homme.
 
Qui est-ce qui vole à cet homme
la céréale qu’il plante,
qui mange le riz qu’il récolte
s’il le récolte et ne dîne pas.
 
Qui fait en dollar changer le café
et fait en faim changer le riz
est le même qui pose la bombe
sale dans le corps de l’homme.
 
Mais il nous faut maintenant
désarmer de nos mains
l’étoupille de la faim
qui tue nos frères
 
Mais il nous avons maintenant
à retenir le saboteur
qui installe la bombe de la faim
au dedans du travailleur
 
Et surtout à
travailler avec confiance
pour au dedans de chaque homme
échanger l’arme de la faim
contre l’arme de l’espérance.
 
 
 


 
Poème n°8
Não há vagas
Ferreira Gullar
 
O preço do feijão
não cabe no poema. O preço
do arroz
não cabe no poema.
Não cabem no poema o gás
a luz o telefone
a sonegação
do leite
da carne
do açúcar
do pão
 
O funcionário público
não cabe no poema
com seu salário de fome
sua vida fechada
em arquivos.
Como não cabe no poem